Monsieur,
Je me console parmy mes afflictions par les glorieux progrez de nostre Banier2 en Boïme dont vous aurez sceu les particularitez, croyant qu'à la fin on se souviendra de moy pour me faire part de ce qu'on me doit.
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Ie vous supplie d'y travailler et me faire pour le moins avoir quelque somme d'argent pour avoir de quoy remédier à mes maux, car par tant de manquemants de parole envers mes créanciers i'ay perdu tout mon crédit icy, tout le monde soubçonnant mal de moy me voyant si abbandoné de ceux que ie sers avec si grande fidélité.
I'ay bien appris ce que c'est de la patience au service de la Suède duquel ie tire le moindre advantage de tous les autres ministres. Sed haec patientia mihi devoranda sunt, mais la chose allant à la longue, il faudroit que i'échappasse d'icy honteusement ne pouvant plus continuer en telle misère ma charge.
Quant aux affaires de deçà ie vous en fait part de ce que i'en mande en Suède vous suppliant de l'accompagner par la faveur de vos reccomandations accoustumées que me vous tiennent obligez éternellement.
Nous verrons comme passeront les affaires des Grisons qui certes sont fort embrouillées et seroit temps que la France en fast son proufit. Mais ie voy que leurs affaires ne vont pas trop bien partout et empêchent quand et quand les progrès de monsieur de Veymar3 qui est encloué en Bourgogne et dit-on qu'il ne se peut accorder avec la France pour Brisac, dont ie voudrois estre un peu esclaircy.
Monsieur Haga4 est party finalement de Constantinople y ayant laissé son nepveu5 pour les affaires d'Hollande, et on y attend aussy bientost le gran Turc6.
Ie vous baise les mains et demeure, monsieur,
Tout le vostre
Marini.
De Zurig, ce XIII de Juin 1639.
In dorso schreef Grotius: 13 Iuny 1639 Marin. Argent d'Heufd7.