Monsieur,
Nous nous estonnons fort de ce qui est arrivé à monsieur le palatin2, dont les discours sont divers, mais pour moy ie croy que ce n'est que pour l'obliger avec quelque traitté afin qu'il ne trouble celuy que les Vinariens ont fait avec la France en se contentant d'une autre armée apart.
Le colonel Guler3 tient encor le fort et les Espagnols luy offrent 8m escus pour le faire quitter, à quoy il ne consent point mais bien qu'on le rase tout à fait. Les communautés le favorisent, mais sans le secours de dehors elles ne sont capables de faire quelque bon coup contre les factionaires d'Espagne qui avec leurs adhérances sont formidables.
La sepmaine passée un musicien de l'évesque de Coire4, durant le prêche des protestans, est entré dans leur temple et au milieu d'iceluy cria à haute voyx que ce qui preschoit le ministre estoit faux, dont le peuple s'esmeut grandement luy ayant donné des soufflets et l'ammené par après hors de temple dans la prison. Tout le monde craint une soullevation du peuple contre les chefs, mais on attend à desseing que la neige tombant embarasse tellement les passages des montagnes que les Espagnols ne puissent secourir leur faction qui sans l'assistance d'iceux sera bientost oppressée.
Il y a une ligue faite entre l'empereur5, Espagne et l'archiduchesse de Tyrol6 pour la levée de 15m hommes qui seront employés au recouvrement de Brisac et du Rhin qu'on ne sça[u]roit ravoir qu'en ruinant les Suisses protestans.
707
Je vous baise les mains et demeure, monsieur,
le vostre
Marini.
De Zurig, ce 31 d'8bre 1639.
Boven aan de brief schreef Grotius: Rec. 23 Nov.
In dorso: 31 Oct. 1639 Marin.