Monsieur,
Je n'ay pas des nouvelles de monsieur vostre fils,2 qui est sans doubte encor en Italie et a beau d'y attendre, puisque le passage des Petis Cantons n'est pas encor accordé et celuy des Grisons en doubte tant que la Republique mesme ne le demande, car le baron Copet3 a fait retirer l'argent qui leur avoit esté promis et mis en despost icy, ayant creu que l'archiduchesse luy donroit le passage par Tyrol, ce qui est encor incertain.4 On travaille pourtant derechef avec messieurs les Petis Cantons, et mesme le residant de Venise5 y employe son autorité, ce qu'i[l] n'a pas voulu jamais faire. On croit aussy que la necessité poussera la Republique de demander le passage aux Grisons et en tel cas elle l'aura et non pas autrement. Voila comme sont les affaires de Venise bien embrouillés.
Leurs gens de guerre sont encor sur le Boulonois sans y faire gran[d]-chose que piller, mais les gens du duc de Modene avoi[en]t surpris nouvellement Crevacor,6 poste d'importance situé entre Cento et Nantula, par escalade, y ayant tué beaucoup des papalins, mais l'alarme en ayant esté donné à Boulogne, on leur vint aussytost au secours et ceux de Modene en ont esté rechassés d'autant plus aisement que sans faire des gardes ils se sont mis à butiner et en cest desordre furent surpris et la pluspart taillés en pieces, ayans esté forts de 4 à 500 hommes. Au reste, l'un et l'autre party se pourvoit des nouvelles levées pour le prinstemps, y ayant peu d'apparence de la paix, que le pape dit qu'il desire, mais
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salvo sui officii honore et que la ligue rende au preallable ce qu'elle a pris sur l'Estat d'eglise et qu'alors il traittera de la restitution de Castro.7 Les Espagnols au Milanois se tiennent sur la defensive et font pourvoir de tout Santia et Cento et Ponzone dans les Langues8 pour tenir engagez les François à l'attaque de ces places-là.Voila ce que j'ay à vous dire pour ce coup avec mes ordinaires reccommendations et asseurances d'estre à jamais, monsieur,
vostre serviteur tres humble,
C.M.m.p.
Quelques soldats venetiens ont taché de passer par la Turgovie à Costance, mais par ordre des Petis Cantons tous ont esté arrestés de façon que le Saint-Marc aura de la peine de les faire passer s'il n'ouvrit la bourse liberalement.
P.S. Vous aurez desja sceu la prise de Rotvil par assaut9 et on nous dit qu'après ce succez Füllingen10 est assiegé. Les Bavarois se renforcent de tous costés, mesme Hazfeld les va joindre avec quelques regimens.11
Bovenaan de brief schreef Grotius: Rec. ... 8 Dec.
En in dorso: S[ine] d[ie] Nov. 1643 Marin.