Monsieur,
J'ay receu la vostre du 22 d'Octobre et voy que le pape prend le party d'Espagne pour se
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fortifier contre la ligue d'Italie appuyée de la France.2 Le mellieur sera de conduire les affaires à quelque accommodament raisonnable, afin que d'estincilles ne s'allument un feu qui embrase toute l'Italie. Le roy d'Espagne sans doute aura bien d'envie d'assister le pape, mais les moyens luy manqueront pour le faire si puissamment comme il l'eust faict en un autre temps, la France, les Catalans et les Portugais en ce temps icy luy fournissant trop de besogne. Les Portugais auront de la dispute avecq les Allemans à cause de vingt-et-quatre navires que ceux-là ont pris sur ceux-cy allans en Espagne.3Le roy de France est à Saint-Germain.4 Le cardinal a esté icy et est retourné à Ruelle. Les generaux des armées presque tous viennent pour recevoir des ordres et cependant ont mis leurs gens aux quartiers. Beck est mort au Lutzenbourg.5 Don Melos a mis les gens aux villes.6 Le prince d'Orange se repose à La Haye, le comte de Guebrian se va joindre à Coningsmarck. L'archiduc Leopold et Torstenson sont dans la Boheme,7 l'ambassade de Brandenbourg encore en Suede aveq apparance de bonne reussite.8
Le roy d'Angleterre a deux armées, dont l'une est avecq sa Majesté, l'autre s'oppose au comte d'Essex, general des trouppes du parlement.9 On se coupe la gorge presque partout dans l'Angleterre et dans l'Irlande.
Dieu nous donne la paix et vous conserve, monsieur, en santé et prosperité,
le vostre.
Le 4 [sic ] Novembre.