Monsieur,
J'appren[ds] par la vostre du 19 de ce mois le payement de ce qu'a pris icy monsieur vostre fils en argent,2 dont je suis fort aise, vous remerciant du bon souhait pour mon payement, qui proh dolor ne comparoit pas encore, ny aucune resolution touchant la succession de la residance de Benfeld,3 que je ne desire pas, mais si on ne me peut payer sitost ce qu'on m'a promis, il seroit raisonable qu'on appliquast ces rentes-là pour mon entretenement. Icy il ne me detient autre chose qu'un peu de la goutte et la maladie de ma pauvre femme, qui sensu tot damnarum et miseriarum quae mei causa patitur, est reduite à un point fort dangereux de sa santé.4 Il ne seroit pas aussy estrange que nous tous deux fussions desja morts de regret, car ce traittement dont on use en mon endroit est inoui ailleurs. Mais pour tout cela il n'y a d'autre remede que la patience, que je prie Dieu nous vouloir continuer en nous deslivrant de ce miserable service.
On attaque à bon escient Uberlinghen pour le prendre par assaut,5 mais ceux de dedans se defendent bravement, ayans la sepmaine passée fait une sortie, ruiné une batterie et tué plus de 40 hommes et en emmené de prisonniers, mais si en bref ils ne seront point secourus je ne voy pas qu'ils puissent tenir longtemps.
La paix d'Italie n'est pas encor publiée,6 mais toutes hostilités sont defendues de part et d'autre et on n'attend que la ratification de la France pour mettre en execution ce qu'on a conclu et ratifié à Venise. Les Espagnols en Italie ne sortent pas encore en campagne, observans ce que fera le prince Thomas et attendans de recreues tant de Naples que d'Allemagne.7
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L'interposition des Suisses a valu un peu pour moderer la passion des Grisons cattoliques,8 qui doivent laisser en paisible possession les protestans de temples par eux recouvrez, mais on ne sçait pas si les communes cattoliques le voudront ratifier, parce qu'elles dependent de l'arbitrage des prestres, autheurs de tous malheurs en Europe, et dont les capucins qui sont chassés des Grisons9 ont usé en quelque[s] lieux de telle cruauté contre les protestans qu'ils en ont desenterré quelques-uns ensevelis en des cemitaires communs à l'une et l'autre relligion. C'est un malheur commun et fort enraciné en l'esprit des papistes, et qui durera comme je crain[s] jusques à la fin du monde. Les Austrichiens noircissent grandement nostre union avec Rakozy, qui est appuyé du Gran[d] Turc,10 et je ne croy pas que la mort du visyr change de resolutions prises à la Porte.11
Dieu donne la paix partout et vous conserve en sa sainte garde, moy demeurant, monsieur,
vostre serviteur tres humble,
C. Marin m.p.
De Zurig, ce 25 d'Avril l'an 1644.
Bovenaan de brief schreef Grotius: Rec. 20 Mey.
En in dorso: 25 April 1644 Marin.