Monsieur,
Je me trouve bien court et perplex de ce que monsieur Heuf2 se roidit tout contre moy sans me vouloir accomoder de si peu, que ie demande. Il faut que i'y remédie come il me sera possible en me iettant avec mon gran déshonneur aux pieds de ces marchands Suisses. Ie vous laisse à penser si ce n'est pas ma ruine qu'on m'entretient tousiours mon gage pour deux et trois ans sans avoir aucun escard à ma despence et les malheurs qui me pressent de tous costés, surtout à cest'heur que les affaires des Grisons vont si mal et que ma femme3 ne peut vendre à honneste prix ce qu'elle a en Voltoline. On m'avoit promis le payement de mon gage chasque trois mois, mais on en fait des années, là où les autres résidens qui sont icy ont trois fois autant par an et sont mieux payés que moy, qui ay la moindre paye de tous. I'ay eu patience durant sept ans, mais de iour à aultre l'on me traitte pis sans se soucier de moy qui sers avec si grande fidélité à la Suède. Patience.
Quant aux nouvelles ie vous en mande icy ce que i'ay de Constantinople4 ne pouvant vous entretenir pour ce coup de ce que ie voudrois pour avoir l'esprit fort troublé et bandé à mendier de l'argent de tous costés, si i'en pourrez trouver.
Les 4 cantons cattoliques ont levé le masque. Car après avoir longtemps dissimilé leurs résolutions à l'endroit de l'envoyé des princes5, ils l'ont à la fin receu à la dernière diète de Bade6 pour ambassadeur, nonobstant le proteste de la France et de madame de Savoye7, qui en seront offencés au dernier point. Lucerne et Friburg ne se hastent pas encor tant, mais je crain que Lucerne suivra les autres, la faction d'Espagne y estant aussy bien puissante que dans les 4 cantons Suiz, Ury, Undervalden et Zug, surtout à cest'heur, que le capitaine de Fleckenstein8 y est esleu pour advoyer et chef de la ville, homme brutal et desréglé pour les Espagnols et Austrichiens qu'il adore. Ainsi les romanistes offençant la France et les protestans l'Austriche, qu'en faut-il attendre un iour qu'une ligue de Cambray pour domter ces peuples-cy comme jadis les Venétiens pour beaucoup plus moindre suject.
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Au reste, monsieur, ie vous suis bien obligé de la peine qu'il vous plait prendre en mon endroict estant marry que c'est sans fruict jusques à présent.
Ie demeureray pourtant, monsieur,
vostre redevable
C. Marini.
De Zurig, ce 26 de Mars 1640.
L'armée de Tyrol s'advance lentement. Quelques-uns escrivent que nostre Banier9 ait quitté Leutemeris et passe en Saxe. Hazfeld10 doit commander l'armée de Tyrol soubs la conduite du vice-roy de Naples, don de Melos11.
Boven aan de brief schreef Grotius: Rec. 26 April.
En in dorso: 26 Mars 1640. Marin.